
Hana
Je marche seule,
j’ai froid et la fatigue se fait sentir. Je suis dehors par
cette froide nuit d’hiver depuis les 20 heures, et je ne veux
pas rentrer chez moi. Pire : Il ne faut pas que je rentre chez
moi. Car je suis un monstre, une créature qui ne devrait pas
exister. Le Mal est en moi, et je ne peux m’en
défaire. Je suis maudite.
A chacun de mes pas sur
le sol, je pense à Lui. Il hante mes pensées les plus
profondes, Il est toute ma vie. Je l’aime depuis toujours,
nous sommes liés à jamais. Et pourtant… Je ne
peux pas le regarder, je ne peux pas me tenir à ses
côtés, encore moins lui parler. Sa présence
auprès de moi me fait énormément souffrir, et
ce malgré lui. Ce n’est pas sa faute, c’est la
mienne. Tout est de ma faute.
J’ai longtemps
rêvé que Lui et moi nous partirions, loin de tout, que
nous quitterions toute cette vie de merde, pour rester heureux
ensemble à jamais. Mais c’est trop tard. Nous ne
pourrons jamais partir. Parce que je suis coincée ici. Mes
parents me détestent, et je comprends pourquoi. Ce que
j’ai fait, et encore ils ne connaissent pas toute la
vérité, est encore pire que tous les crimes
imaginables au monde.
Je continue de marcher,
je veux me punir. Me punir de l’infâme acte que
j’ai osé faire, il y a maintenant un an. Nous
n’en avons jamais parlé. Nous avons trop honte, et
nous sommes trop gênés pour se parler franchement.
J’ai honte. Je suis une erreur de la nature, mes
désirs vont contre les comportements humains normaux. Car je
l’aime. Tellement. Et je regrette, tellement fort.
Je ne voulais pas tout
ça, je ne voulais pas en arriver là. Cette gifle que
j’ai reçu par ma mère, cette disparition de
l’amour que me portait mon père, c’est
impossible à vivre. Je ne suis plus leur fille. Et si ils
savaient réellement toute la vérité, ce sera
bien pire encore. Peut-être en seraient-ils venus à
demander à ce que l’on m’interne, où
à m’emprisonner dans un asile
d’aliéné. Peut-être que je le devrais. Je
ne sais plus, je n’ai plus mes repères.
Il est toute ma
vie…

J’arrive
finalement chez moi. Tout est éteint, tant mieux. Je ne veux
pas les voir. Je me sens terriblement mal. Cela fait maintenant un
an que je ne peux plus vivre normalement. Cela fait maintenant un
an que nous ne nous parlons presque plus, l’amour de ma vie
ne peut même plus me regarder en face. Nous avons commis
l’irréparable, nous avons péché, comme
dirait mon père. Nous sommes les enfants du Diable, comme
dirait ma mère. Car mes parents croient au Bien et au Mal,
et mon frère et moi nous sommes le Mal.

Car nous sommes
amoureux, attirés l’un par l’autre. Depuis
toujours. Il est mon jumeau, et jamais je ne pourrais me
séparer de lui. Je l’aime et cela va bien
au-delà qu’un amour fraternel. C’est pourquoi il
y a un an, nous avons voulu réparer notre erreur. Nous avons
tué le fruit de notre amour interdit, l’enfant que je
portais de lui. J’ai avorté sous l’œil
furieux de mes parents le 21 décembre. Et depuis ce jour,
notre vie, à tous les 4, est devenu un enfer. Car les
non-dits tuent notre famille, et parce que mon amour pour lui, je
ne pourrais jamais l’éteindre. Soit je dois vivre avec
ce fardeau toute ma vie, soit je meurs.
C’est pourquoi,
à 00h21, j’avale une boite de somnifères, et je
commence une lente agonie…

Je suis
allongée, je crois, dans ce qui était ma chambre.
Maintenant, j’ai l’impression de faire un rêve
demie-éveillée, et j’ai une profonde douleur
dans la poitrine. Je suis incapable de bouger, ou de murmurer.
Pourtant, je me sens bien, et cette douleur me rassure : Je me
punis pour le crime que j’ai commis envers la morale et la
religion, un acte contre nature. N’est ce pas un paradoxe, de
se suicider pour réparer ses fautes, alors que
lui-même est banni de notre société ? On
dit souvent que le suicide est pour les gens faibles.
Peut-être que c’est vrai. En tout cas, je ne me suis
jamais sentie aussi libérée, et aussi bien dans mon
esprit.

Mon battement de
cœur se ralentit, et j’ai du mal à respirer. Je
ferme les yeux, et j’imagine ce que ma vie aurait pu
être si je n’étais pas un monstre. Kira vivrait
tranquillement, avec une petite amie dans le bonheur. Mais avec moi
il ne peut pas, car je suis son fardeau. Son fardeau depuis notre
naissance, je sais qu’il m’aime et en même temps
je le dégoûte. Mon cœur s’arrête. Je
ne vois plus rien. Je ne peux plus penser ni imaginer quoique que
soit. Le visage de celui que j'aime est flou dans mon
esprit...

C’est fini, Mon
Dieu qu’est ce que je suis bien…
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